Il en est question(s) 2


Il en est question(s) 2
à propos de l'installation 
"MAIS JE RÊVE ! " Toiles oniriques, 2018 / 2019

Sur ce projet les toiles interagissent avec une installation, c’est un dispositif un peu rare aujourd’hui ; le plus souvent exposition et installation font bande à part?
D.Chock : Au départ il s'agit d’une exposition, mais particulière....qui vit au rythme de l’homme. Les toiles ont une vie le jour et comme l’homme, la nuit elles se mettent à rêver... d'où l'idée de les installer dans la nuit en plein jour et de proposer aux visiteurs de plonger dans le rêve. On joue le jeu de percevoir ce que l'inconscient peut révéler dans la vie quand l’homme parle à travers ses rêves.

Mots flottants dans l’espace, matière sonore, est-ce le thème du rêve qui a conduit à cette envie d'immersion ?
D. Chock : Les mots, la parole, le langage font partie de l’homme. Même invisible, ils sont là. On ne les prononce ou pas, mais ils font partie du corps. Dans les jeux de sens ils sont invisibles ou doublement visibles. Et la langue française est tellement joyeuse !
Dans le rêve, ils sont libres, souvent ils délirent... Ils livrent beaucoup, et parfois délivrent. Souvent ils sont comme dans les voiles de cette installation : flottants, multipliés, en échos...
J’aime l’idée de pouvoir les toucher, les traverser, voir leur dos, les dissocier et se les approprier.
La matière sonore, musicale ou pas, fait partie de la vie. Elle fait partie des transports...

Les mots sont sur les toiles et en dehors, est-ce la volonté de vouloir s’exprimer au- delà de la peinture ? L’espace de la toile serait-il devenu trop petit ?
D. Chock : L'espace de la toile est vaste. Il a tout permis, y compris de la vider de tout. L’art contemporain n’est plus la toile... Dans le sillon que j’ai tracé, elle a toujours été une métaphore de l’Être : corps et parole. Corps, parole et langage inconscient.
Mes nouvelles toiles sont ludiques et oniriques. Une scène conscientisée en dialogue miraculeusement avec scène inconsciente sous les yeux du spectateur.
C’est un travail qui dit que l’invisible est palpable dans la vie comme sur la toile. Les mots sont sur la toile et en dehors. Bientôt ils ne se verront que dans l’invisible. L’installation permet d’aller plus loin dans l’interaction surtout lorsqu’il y du public, mais la toile seule a un destin chez l’amateur et le collectionneur; elle accompagne le dormeur dans le rêve.
Le premier titre de cette exposition est « De la nuit à l’inscrit » car il s’agit d’une boucle : une situation existe, le rêve nous en suggère une lecture.
Il est plus que suggestif et il n’est pas rare que le rêve soit matière à être vécu le ou les lendemains. Il régule notre sommeil mais aussi nos pensées. N’oublions pas qu’il est le porte-parole de notre inconscient, détenteur de grand savoir! Sourire.

La toile n’est plus figée, elle donne à voir une représentation qui évolue sous l’oeil du visiteur à cause ou grâce au rêve. Cela a-t-il à voir aussi avec la mémoire, avec ce qui revient, remonte à la surface... Motif caché derrière le motif comme ces toiles passées au scanner et qui révèlent d’autres scènes délaissées par le peintre ?
D.Chock : Le rêve et l’inconscient ont à voir avec la mémoire bien sûr. Et aussi avec l’invisible, mais l’invisible est palpable et c’est ce que je tente de montrer. Les artistes ont traité de l’invisible, beaucoup dans l’art numérique et conceptuel, mais je n’en connais pas qui traitent d’un invisible visible. Les toiles sur lesquelles je travaille actuellement vont délaisser toute figure, ce sera plus mystérieux encore!
Des scènes délaissées peut-être, mais par le peintre ou par l’homme ?

Au milieu de l'espace des toiles et des mots, le corps du visiteur a-t-il une place importante dans cet ensemble ?
D.Chock : Précisément, il fait corps.
Corps et langage sont liés et le groupe aussi fait corps. Car au-delà d’être corps et langage, l’humain partage le langage et les mots qui le constituent. Il peut être solitaire mais jamais sans une expérience de l’altérité. Au-delà de ce que la toile veut et peut révéler d’une face cachée ou de l’inconscient, l’installation avec ses projections de mots dans l’espace et sur les corps rend visible l’interaction des individus et de leur liens conscients ou pas.
En ce sens, le corps, souvent écran du visible intérieur devient l’écran où la projection, au sens propre et au sens figuré opère. Et elle opère pendant toute la traversée onirique à travers les voiles avant de découvrir sur la toile une part d’inconnu. Pour moi, c’est magique.
Le corps véhicule ... Nous savons.
J’ai choisi une série de voiles transparents et souples plutôt qu’un écran fixe pour projeter dans plusieurs dimensions, et permettre autant de lectures qui fluctuent avec le mouvement des voiles où les mots se déforment, se retournent, se regardent à l’envers...
On peut chercher à lire ou simplement être en immersion dans un univers où, plus que le sens des mots, c’est le langage qui fait sens.